Jour 19 - Semaine 4
Ça ne peut pas toujours bien aller. Ce serait trop parfait. Aujourd'hui, ça n'a pas bien été. Je me sentais nulle. Toute la journée je me suis sentie nulle. Au fond, c'est ma faute parce que j'ai commencé la journée avec une attitude négative. J'étais fâchée parce que des parents ont dit que je ne faisais pas faire assez de sport aux enfants. Tout ça parce que ce n'est pas un sport comme le soccer ou le basket ball. Avez-vous déjà vu une vingtaine de six-sept ans jouer au basket ball ? L'enfer je vous dit.
J'étais donc fâchée, et par le fait même tous les flos me tapaient sur le système. Mon co-animateur me tapait sur les nerfs, je trouvais qu'il criait trop, mon aide-animateur me tapait sur les nerfs, en fait lui il me tape toujours sur les nerfs. À la collation, j'ai tout de suite vu que ça n'allait pas ; je suis donc allée deux minutes dans le local des animateurs me calmer un peu, repartir à zéro. Sauter sur place et crier un peu, ça replace toujours les idées. J'ai aussi averti mes jeunes (surexités et particulièrement violents entre eux) qu'on repartait à zéro, que tout ce qui s'était passé avant la collation n'existait plus.
Ça a marché. Le reste de la journée a été correct, sans plus. J'étais plutôt sans énergie. Et juste avant de partir, je me fais mettre sous le nez que plusieurs de mes jeunes ont attrappé des coups de soleil hier à la plage. Je le sais que c'est de ma faute. À six ans, tu n'es pas capable de te mettre de la crème solaire toi-même. Que j'aurais dû leur mettre, moi, au lieu de leur répéter de le faire. Et pourtant, ils en ont tous mis. Il me semble. Mais maudit, j'en ai presque trente. C'est pas juste de ma faute. Y'a un autre animateur avec moi. Il est aussi responsable d'eux que moi. Alors pourquoi c'est juste moi qui se sent mal.
Pourquoi quand tout le monde se pogne le beigne, c'est juste moi qui a des remords, c'est juste moi qui n'est pas capable de profiter du moment. J'anticipe trop, ça me prend tout pour simplement m'asseoir sur la plage, pendant que d'autres se font bronzer. Pourtant, j'suis pas si active que ça. Comme animatrice, quand on est en grand groupe je veux dire, je prends rarement la tête. J'suis pas une leader. Avec mes jeunes, ça va. Quand d'autres sont avec moi, je m'efface, et j'aime mieux ça comme ça honnêtement.
Ouain ben, c'est la grosse remise en question ce soir. Je déteste ne pas me sentir à la hauteur. Je n'arrête pas de penser à mon ancien camp dernièrement, et j'ai tellement l'impression que j'y étais mieux (sauf le dernier été où ça a fouarré, évidement). Le fonctionnement n'était pas le même, rien n'était pareil. Mais je tissais vraiment des liens avec ces enfants. Ici, à la fin de la semaine, c'est à peine si je sais tous leurs noms.
Pas que j'aime pas ce camp, pas que j'aime pas l'équipe. J'ai eu une mauvaise journée, c'est tout.